Turbulences fortement ressenties : zones principales

70 % : ce n’est pas le taux d’humidité dans la cabine, mais bien la proportion des incidents de turbulences sévères qui se concentrent chaque année dans quelques couloirs aériens, malgré des plans de vol minutieusement tracés. Les compagnies aériennes peaufinent leurs itinéraires, ajustent les altitudes, préviennent les équipages, et pourtant, au-dessus de l’Atlantique Nord ou de certaines zones asiatiques, les secousses frappent sans prévenir.

Les rapports de sécurité aérienne sont formels : même si les épisodes de turbulences se multiplient, les blessures graves à bord restent rarissimes. Les protocoles internationaux imposent une discipline de fer, avec des vérifications régulières et des consignes précises, y compris dans les secteurs les plus chahutés du globe.

Pourquoi les turbulences surviennent-elles et comment les reconnaître en vol ?

À l’origine des turbulences, il y a ce ballet imprévisible des masses d’air qui s’entrechoquent, parfois sans crier gare. Un avion peut alors se trouver secoué, balloté, comme si l’atmosphère avait décidé de jouer les trouble-fête. Ces variations viennent principalement des contrastes de température ou de vitesse entre différentes couches d’air. Parmi les responsables, on retrouve les courants-jets, ces véritables autoroutes aériennes filant à toute allure, les orages, les nuages convectifs, le cisaillement du vent près des montagnes, ou encore le sillage laissé par un appareil qui devance le vôtre. Depuis quelques années, chercheurs et météorologues constatent que le réchauffement climatique amplifie le phénomène, rendant les secousses plus fréquentes et parfois plus intenses.

Dans la cabine, le personnel navigant reçoit souvent l’information avant les passagers. Grâce aux radars météorologiques embarqués, la plupart des turbulences associées à des orages ou des masses nuageuses sont détectées à temps. Mais la « turbulence en air clair » (CAT Clear Air Turbulence), elle, se joue de la technologie : invisible, indétectable par les moyens classiques, elle prend tout le monde de court. Dans ce cas, les pilotes ajustent l’altitude ou modifient la route, parfois trop tard pour éviter que l’avion ne soit secoué.

Comprendre les différents types de turbulences, ce n’est pas seulement une question de sensation. Quand les secousses sont franches et brèves, il s’agit souvent d’un courant-jet ou d’une traversée de zone montagneuse. Les vibrations longues et irrégulières, elles, annoncent plutôt la dissipation du sillage d’un autre avion. L’arrière de la cabine bouge davantage, alors qu’au niveau des ailes, le centre de gravité absorbe une partie des oscillations.

Voici les principales catégories de turbulences rencontrées en vol :

  • Turbulences orageuses : elles sont associées aux nuages cumulonimbus, apparaissent surtout en été et dans les zones proches de l’équateur.
  • Turbulences de sillage : causées par le passage d’un autre avion, elles concernent principalement les phases de décollage et d’atterrissage.
  • Turbulences en air clair : difficiles à prévoir, elles frappent fréquemment à haute altitude, notamment sur les traversées transatlantiques.

Le changement climatique ne fait qu’amplifier la tendance, comme le confirment les études publiées par Springer Nature et Advancing Earth and Space Science. Rester attaché, surtout quand on est assis près des ailes, réduit considérablement le risque de blessure. À noter aussi : les petits avions ressentent plus vivement les moindres turbulences que les gros porteurs.

Zones du globe et périodes où les turbulences sont les plus marquées

La carte mondiale des turbulences s’écrit sans frontière, mais elle obéit à des lois physiques bien réelles. Les routes transatlantiques reliant l’Europe à l’Amérique du Nord, notamment au-dessus de l’Atlantique Nord, concentrent un grand nombre d’incidents sérieux. Les chercheurs ont mesuré une hausse de 55 % des épisodes de turbulences sur ce segment depuis la fin des années 1970. Les vols transpacifiques sont aussi concernés, notamment près du Japon et des côtes de l’Asie de l’Est, là où la zone de courant-jet polaire s’agite davantage.

Les grandes chaînes de montagnes, de l’Himalaya aux Alpes, des Andes aux Rocheuses, constituent des points chauds. Le cisaillement du vent y est particulièrement marqué, et les secousses peuvent être soudaines. Des liaisons comme Mendoza–Santiago ou Katmandou–Lhassa, qui traversent respectivement les Andes et l’Himalaya, figurent parmi les plus exposées. D’après les analyses de Turbli, la Patagonie, le nord-ouest de l’Argentine, le Tibet ou encore la région du Cap en Afrique du Sud figurent régulièrement dans le peloton de tête des destinations où les turbulences se manifestent le plus.

Tour d’horizon des principaux secteurs et périodes propices :

  • Zones équatoriales : orages tropicaux récurrents en Afrique centrale, Amérique du Sud, Asie du Sud-Est.
  • Europe alpine : des axes comme Nice–Genève ou Milan–Zurich subissent régulièrement des secousses, surtout durant la belle saison.
  • Régions de mousson : l’Asie du Sud-Est en période humide connaît une activité convective intense, multipliant les épisodes de turbulences.

Durant l’été, les mouvements d’air s’intensifient à cause de la convection. Juillet, d’après la FAA et la NTSB, est le mois où l’on recense le plus d’incidents liés aux secousses. À l’inverse, l’hiver réserve des surprises sur l’Atlantique Nord, avec des tempêtes qui déchaînent l’atmosphère et rendent certaines routes difficiles à prédire, même sans relief ni nuages menaçants. Les courants-jets imposent leur rythme, rendant la planification parfois délicate.

Jeune femme vérifiant son téléphone devant un panneau d

Conseils pratiques pour voyager sereinement malgré les secousses

Quand les turbulences s’invitent à bord, mieux vaut adopter quelques réflexes simples. La ceinture attachée demeure votre meilleure protection : les statistiques de Turbli et de la FAA sont sans appel, la plupart des blessés lors de fortes secousses n’étaient pas sanglés. Même en croisière, gardez la ceinture bouclée, un geste discret mais efficace.

Le choix du siège joue aussi son rôle. Privilégiez une place au niveau des ailes : c’est là que les mouvements sont le mieux amortis. À l’arrière, les secousses se font sentir davantage, alors qu’à l’avant ou au-dessus des ailes, les oscillations sont moindres. Ce critère, souvent négligé au moment de réserver, change la donne pour ceux qui redoutent les secousses.

Les avions de dernière génération, comme l’Airbus A350 ou le Boeing 777, gèrent mieux les variations d’altitude grâce à leurs systèmes de stabilisation avancés. Les jets privés récents tels que le Gulfstream G700 ou le Falcon 10X misent sur des innovations structurelles et des technologies prédictives pour offrir une traversée moins heurtée.

Enfin, faites confiance aux équipes à bord : suivez leurs consignes, évitez de circuler en cabine quand une alerte turbulence est annoncée, même si cela implique de patienter pour aller aux toilettes. Ce sont ces détails, parfois anodins, qui transforment un vol mouvementé en expérience bien maîtrisée.

La prochaine fois que la cabine tremblera, vous saurez où vous asseoir et pourquoi garder la ceinture bouclée n’est jamais un excès de prudence. Voyager, c’est aussi apprivoiser l’imprévu, et parfois, accepter que le ciel impose ses propres règles du jeu.

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